Publication de la "Société des Lecteurs de Francis Ponge"

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Gérard Macé. Francis Ponge.

Mis en ligne le 28 mai 2020, par Marie Frisson

© Gérard Macé

Bien sûr, il y eut d’abord Le parti pris des choses.

Lu lentement, par approches successives, pour découvrir en fin de compte un antidote efficace. Antidote ou contrepoison, contre les séduisantes facilités du lâchez tout surréaliste, contre les nuées trop vagues du romantisme, contre l’attirance de la nuit et de la mort à vivre.

Je crois que j’ai découvert, dans la prose de Francis Ponge, quelques raisons d’être heureux, envers et contre tout. Et goûté chez lui la réconciliation du savoir et de la sensualité, l’alliance de la raison et de la sensibilité.

J’ai su par cœur, sans le vouloir, bien des passages du Parti pris, comme la fin de L’huître que je cite de mémoire : « Parfois, très rare, une formule perle à leur gosier de nacre, d’où l’on trouve aussitôt à s’orner ». J’y vois l’équivalent des « morales » de La Fontaine, et la lune qui brille au firmament d’un ciel fixe. Tout un monde, à vrai dire, dont le vertige est dominé par le langage.

Je lui ai emprunté le mot « firmament » quand j’ai écrit sur Rome.

*

Si je ne bouscule pas la chronologie, il y eut ensuite la publication de Pour un Maherbe. Gros volume et pavé dans la mare, si mal compris des critiques, à commencer par celui qui officiait dans « Le Monde », académicien oublié.

Quand on était comme moi si mal doué pour la dissertation, comment ne pas se réjouir devant ces tâtonnements et ces reprises, ce dossier d’un procès toujours recommencé entre le classique et le baroque, devant cet ouvrage cent fois remis sur le métier. Or Baudelaire nous avait dit qu’on a trop de poètes, et pas assez de littérateurs, il voulait dire des gens de métier.

A contre-courant, l’éloge de Malherbe pouvait passer pour une provocation. Double en vérité, car si Malherbe avait tendu la corde unique de la lyre, Lautréamont avait cassé toutes les cordes. Du propos plus complexe de Ponge, c’est aujourd’hui ce qui me revient spontanément à l’esprit.

*

Je m’en voudrais d’oublier les Proêmes, dont j’ai cité si souvent certaines pages, en particulier celle qui est intitulée « Rhétorique ».

Là aussi, je cite de mémoire : « je suppose qu’il s’agit de sauver quelques jeunes hommes du suicide, ou de l’entrée aux flics ou aux pompiers (…) C’est alors qu’enseigner l’art de résister aux paroles devient utile, l’art de ne dire que ce que l’on veut dire, etc. ».

Oui, la poésie peut être utile, quand elle désapprend les clichés, les formules toutes faites, et tout ce qu’on dit sans y penser. Quand elle cultive le mot juste, quand elle apprend la jubilation, alors elle redonne le goût de vivre.

Gérard Macé


Pour citer cette ressource :

Gérard Macé, « Francis Ponge », Publications en ligne de la SLFP, printemps 2020. URL : http://francisponge-slfp.ens-lyon.fr/?Gerard-Mace-Francis-Ponge