Publication de la "Société des Lecteurs de Francis Ponge"

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Rubrique : La fabrique pongienne

Rubrique : LES GRANDS LECTEURS

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Hommage à Jean Thibaudeau - Partie I

(1935-2013)

Mis en ligne le 23 décembre 2017, par Marie Frisson

Jean Thibaudeau dans les années 1960 (Photographie publiée avec l’aimable autorisation de Sylvie Salgues-Thibaudeau).

Jean Thibaudeau est un romancier, essayiste, auteur dramatique et radiophonique. Il a beaucoup écrit sur la littérature italienne et a traduit notamment Edoardo Sanguineti et Italo Calvino.
Il a commencé sa carrière comme instituteur à Paris et en région parisienne (1955-62). Puis il a été professeur, invité à Connecticut College (Etats-Unis) (1966-67) et à l’université Laval de Québec (1971). Il a été membre de la revue Tel Quel dès juin 1960 et a publié dans de nombreuses revues dont Digraphe de 1975 à 1993. Il a également été le directeur des Cahiers critiques de la littérature (1976-79).
Spécialiste de Francis Ponge, il lui a consacré une monographie de référence, en 1967, publiée aux éditions Gallimard dans la collection "La Bibliothèque idéale". Les lettres que Ponge a adressées à Jean Thibaudeau ont été publiées en 1999 aux éditions Le Temps qu’il fait, accompagnées d’une présentation et de notes du destinataire.

Nous remercions Madame Sylvie Salgues-Thibaudeau de son aide et de sa confiance, ainsi que Monsieur Philippe Blanc (Bibliothèque Jacques Doucet) pour les précieuses informations dont il nous a fait part lors de la préparation de ce dossier.

M. F.

Nous publions ici un extrait de l’entretien de Jean Thibaudeau avec Jean Ristat sur les œuvres complètes, publié dans le numéro 15 de la revue Digraphe, intitulé "Jean Thibaudeau, l’amour de la littérature", et paru en juin 1978, p. 71-107.

...Le destinataire, le fragment, le livre, la revue...
Si je publie un livre, j’ai le sentiment que c’est moi qui l’expédie, et que c’est définitif, et que j’en suis le seul responsable. S’il s’agit d’une revue, et même si tu me donnes un numéro entier de revue, effectivement, non...Je m’adresse d’abord à toi, à ceux qui m’ont invité, ensuite à un public qui n’est pas en principe le mien. Il y a des distorsions, des diffractions...Je m’adresse à un public préalable, fondé par l’existence de la revue. A partir de quoi je peux me promener, pour moi, entre ce que serait écrire dans un journal, à un extrême, et lorsque j’écris pour tel journal ce n’est pas pour un autre, et à l’autre extrême écrire dans un livre, c’est-à-dire je me demande bien, au-delà des quelques effets sur ma vie personnelle, pour qui.
Un journal par définition existe. Un livre que j’écris par définition n’existe pas. Et il y a les revues...
A propos de ce que tu disais de l’inachevé et du fragment. Je me pose, il se trouve que depuis deux ou trois ans, je n’ai jamais cessé d’écrire du roman, jamais, ou de la fiction. J’ai écrit depuis Voilà les morts, et avant, bien sûr, toutes sortes de feuilles, que je ne conserve que très peu, je ne sais pas trop ce que j’en fais, et puis peu à peu le projet de roman, les pages s’accumulent quand même, le projet avance...et l’une des idées de ce roman que je suis en train peut-être d’écrire, par périodes, mais de façon de plus en plus assidue, depuis quelques temps, le projet serait d’en faire un livre qui serait l’envers des précédents...L’exemple de Ponge m’intéresse bien. Aujourd’hui. Non pas qu’il ne m’ait pas intéressé autrefois, mais il m’intéresse bien pour mon économie, maintenant. Ponge qui vers la quarantième année a cessé de rechercher exclusivement ce qu’il appelle le texte "clos", la "perfection", pour s’exposer dans l’inachevé, le fragmentaire avoué, le brouillon, le journal. Cela m’intéressait bien chez Ponge lorsque je l’ai découvert, cela m’intéresse aujourd’hui parce qu’il me semble que dans une tout autre histoire et certainement par de tous autres moyens je suis conduit à un renversement semblable (...) ".

(p. 83-84)