SLFP - Francis Ponge Francis Ponge

BIOGRAPHIE

Présentation par Jean-Marie Gleize

Francis Ponge est né à Montpellier, dans une famille protestante et nîmoise. Cette origine est pour lui importante : toute sa vie d’artiste, il « protestera » (contre une certaine idée niaise de la « poésie » par exemple), et c’est une revendication que sa signature en latin « Nemausensis poeta » au terme de son poème intitulé « La figue (sèche) ». Il est donc né avec le siècle dernier, ou plutôt, en 1899, avec un léger décalage qui signe peut-être ironiquement une appartenance critique : à côté du surréalisme (dont il a partagé les colères mais pas la poétique puisqu’il prône, lui, une pratique objective et consciente du langage et du réel), en relation proche et ambiguë à la famille N.R.F. (en particulier à travers son amitié pour Jean Paulhan), en dialogue tendu avec les idéologies humanistes, politiques et autres (le communisme par exemple auquel il s’est explicitement référé durant une décennie, de 1937 à 1947), en fréquentation sensible des ateliers contemporains après la guerre (de Braque et Picasso à Giacometti et Fautrier), ateliers dont il se déclarait plus proche que du cabinet des intellectuels et idéologues de métier, en camaraderie querelleuse enfin avec les avant-gardes ultimes, celles des années soixante et soixante-dix (de la revue Tel Quel à la revue Digraphe).
L’ouvrage qui l’aura fait connaître, Le Parti pris des choses, en 1942, ne donne que la première version de sa pratique, celle des petits poèmes en prose achevés, clos sur eux-mêmes. L’autre version est celle des carnets, des dossiers et des brouillons acharnés, la dynamique de l’inachevable, celle de La Rage de l’expression (1952). Ponge aura sans doute été celui des « grands » poètes de sa génération (Artaud, Breton, Michaux…) à qui incombait la tâche difficile de conduire le plus radicalement la poésie dans ses derniers retranchements. A ce titre, à partir des années soixante, où l’ampleur de son œuvre devient manifeste avec la publication successive de plusieurs grands volumes aux éditions Gallimard, il joue un rôle essentiel dans la constitution d’une alternative aux rémanences et résurgences d’un académisme poétique qui ne dit jamais son dernier mot. Sa leçon créative et critique est très présente à l’esprit de nombreux jeunes écrivains. Il disait « Je suis un suscitateur ». En effet.
Francis Ponge est mort au Bar-sur-Loup, le 6 août 1988, dans ce Mas des Vergers qu’il avait acquis en 1961.

Jean-Marie Gleize

Mis en ligne le 8 mars 2012, par Aurélie Veyron-Churlet