SLFP - Francis Ponge
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1963 - Deuxième trimestre

Ce document n’est plus consultable en ligne. Les archives du troisième trimestre (mois de juillet, août et septembre) sont consultables jusqu’au 15 juin.

Archives transcrites par Armande Ponge assistée de Philippe Blanc, Madeline Pampel et François de Trentinian.

Archives de l’année 1963 : présentation du deuxième trimestre

Depuis de nombreuses années, Armande Ponge travaille, à partir des archives familiales, à une « Rétrospective » de la vie de Francis Ponge. La retranscription des agendas, des manuscrits, des lettres reçues (et même, pour beaucoup, envoyées), donne accès à un ensemble documentaire de premier plan, et permet d’appréhender dans leur déroulement quotidien les multiples activités scripturaires de Ponge, la diversité de ses échanges et de ses liens.
Ce travail a donné lieu à la publication en 2015 d’un premier volume par les éditions Classiques Garnier sous le titre Pour une vie de mon père – Rétrospective, 1899-1919.
En avant-première, Armande Ponge confie au site de la SLFP le travail accompli pour l’année 1963, dans une mise en page réalisée par Philippe Blanc et François de Trentinian. Après avoir mis en ligne le premier trimestre, nous publions à présent le deuxième trimestre.

Ce deuxième trimestre est rythmé par les allers-retours entre le Bar-sur-Loup et Paris : les Ponge sont arrivés dans leur mas provençal le 31 mars ; ils y retournent le 28 juin. Entretemps, ils ont fait un long séjour à Paris, où ils arrivent le 15 avril.
À nouveau se côtoient et s’entremêlent dans ces pages les différents travaux d’écriture : échanges avec les éditeurs, traducteurs, critiques, correspondances avec les proches ou moins proches, ébauches d’un texte à propos des anémones, « Note première d’un nouveau poisson » dont on trouvera ici la version manuscrite, accompagnée d’un dessin. Ces journées de printemps sont tissées par les relations amicales, à travers les lettres échangées, les livres reçus (d’André Du Bouchet, d’Eugène Ionesco, de René de Solier, etc.), les collaborations. « L’entrelecture » entre écrivains occupe ainsi une part importante, comme l’attestent les échanges avec Gabriel Audisio, ou Nathalie Sarraute, qui témoigne dans sa lettre du 17 mai de la « vraie – et si rare – joie » que lui procure l’œuvre de Ponge. On trouvera également le texte écrit pour Albert Ayme, les échanges chaleureux qui l’accompagnent, ainsi que deux dessins originaux réalisés à partir de textes de Ponge, que lui a envoyés l’artiste, en juin.
Ces témoignages d’amitié – émanant par exemple de Char ou de Paulhan – sont ici d’autant plus nombreux que Ponge se casse le pied à la suite d’une chute, « événement » que relaie une brève du Figaro – ce qui en soit en dit long sur le degré de notoriété qui est alors le sien. Mais l’amitié n’est pas qu’épistolaire, et souvent des invités impromptus passent, qui parfois restent tard. Jean Thibaudeau et, surtout, Sollers, sont de ceux-là. Les agendas gardent la trace des échanges quotidiens avec ce dernier, de la proximité affective et intellectuelle qui alors lie les deux hommes.
Bien d’autres informations émergent de ces archives : on trouvera ainsi un compte-rendu très précis de la visite de Gaston Gallimard, le 17 juin, au cours de laquelle Ponge formule ses profondes réserves quant aux choix éditoriaux de la maison… ce qui ne décourage pas Gaston Gallimard de publier une monographie sur Ponge dans la collection « La Bibliothèque idéale », monographie dont la publication est bientôt confiée à Jean Thibaudeau.

À la lecture de ces documents, on est surtout frappé, malgré la disparate des préoccupations quotidiennes, par la cohérence de ces pratiques d’écriture : un même intérêt pour le concret des choses guide la notation des soins requis par la maison, le jardin, ou encore la description, dans telle lettre à sa fille, de tous les « vert-émail possibles » des feuillages. Cette attention guide la lettre pleine de curiosité inquiète adressée à Fernand Mourlot, à laquelle Ponge, qui prépare son « Braque lithographe », joint un questionnaire sur l’évolution des techniques lithographiques : « Peut-être suis-je poète. En tout cas, je suis positif, j’aime être exact, je ne puis travailler qu’à partir de la réalité ».

Lire, vivre, écrire : c’est bien de cela qu’il est question dans ces pages. À son arrivée au Bar-sur-Loup, le 28 juin, Ponge note (en lettres rouges capitales) la présence des lucioles ; la première activité consignée dans l’agenda à cette date est : « Installé mes papiers etc… ». Le travail peut continuer.

Benoît Auclerc

Mis en ligne le 12 janvier 2017, par Benoit Auclerc