SLFP - Francis Ponge
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1963 - Troisième trimestre

Archives de l’année 1963 : présentation du troisième trimestre

Depuis de nombreuses années, Armande Ponge travaille, à partir des archives familiales, à une « Rétrospective » de la vie de Francis Ponge. La retranscription des agendas, des manuscrits, des lettres reçues (et même, pour beaucoup, envoyées), donne accès à un ensemble documentaire de premier plan, et permet d’appréhender dans leur déroulement quotidien les multiples activités scripturaires de Ponge, la diversité de ses échanges et de ses liens.
Ce travail a donné lieu à la publication en 2015 d’un premier volume par les éditions Classiques Garnier.
En avant-première, Armande Ponge confie au site de la SLFP le travail accompli pour l’année 1963, dans une mise en page réalisée par Philippe Blanc et François de Trentinian. Après avoir mis en ligne les deux premiers trimestres, nous publions à présent les archives des mois de l’été 1963.

Ces trois mois coïncident exactement avec un séjour au Bar-sur-Loup, que les Ponge ont rejoint à la fin du mois de juin, et dont ils repartent le 29 septembre pour, notamment, la reprise des conférences à l’Alliance française. C’est un moment de retraite, où les sollicitations publiques se font un peu plus rares qu’à Paris, et où Ponge tourne une grande partie de son attention vers sa famille proche : Odette et lui accueillent Paul, l’aîné de leurs petits-fils. À sa manière habituelle, précise et concrète, Ponge rend compte à sa fille Armande du déroulement du séjour de l’enfant. On le voit aussi s’enquérir des premiers pas de François, né l’année précédente. Les époux Ponge se montrent surtout soucieux d’aider à distance leur fille Armande, qui attend son troisième enfant : Philippe naît le 21 août, et bientôt l’ensemble de la famille se trouve réunie au Mas. « Nous avons bien profité des enfants et des petits », écrit Ponge à la date du 13 septembre, et, à lire ces archives de l’été 1963, la notation est tout sauf secondaire.
La vacance de cet été 1963 est cependant toute relative. D’abord parce que la disponibilité aux choses alentours qu’elle suppose est inhérente à l’écriture telle que la pratique Ponge – et qu’en cela elle touche de près à son « travail ». Ainsi des lucioles, dont la présence est systématiquement notée en capitales rouges dans les pages de l’agenda, qui participent à cette « féérie habituelle » dont Ponge n’entend pas se détourner, à laquelle au contraire il s’intéresse de près et qu’il évoque à plusieurs reprises dans sa correspondance avec sa fille ou avec Sollers.
Le travail est aussi présent de façon plus directe, et les quinze premiers jours de juillet sont occupés, de façon acharnée vers la fin, par l’écriture de « Braque-lithographe », préface au catalogue des lithographies édité par André Sauret. C’est ce nouveau « manifeste indirecte » que Ponge choisit en outre d’envoyer à Jean Ballard pour contribuer au cinquantenaire des Cahiers du Sud.
Le nom de Braque résonne d’autant plus fortement dans ces archives de l’été 1963 que le peintre meurt quelques semaines après que Ponge eut terminé son texte. Cette coïncidence des dates (Braque meurt quelques jours après la naissance de Philippe) occupe alors tout particulièrement Ponge, qui note dans les agendas de drôles d’anniversaires (comme, le 1er août, le « 161e anniversaire du mariage de Louis Cabane et d’Anne Cabriez »), consignant la mémoire de ses ancêtres dans le quotidien de ses jours vécus. La correspondance témoigne d’une autre manière de ces passages et transmissions d’une génération à l’autre. Dans des pages très denses et développées, Ponge partage ainsi avec Sollers son expérience de la « Grande Beauté » durant son été provençal (lettre du 7 août), lui dit son admiration pour Logique (lettre du 22 août). Les Lignes de prose de Marcelin Pleynet et Gravir de Jacques Dupin suscitent également l’enthousiasme à l’endroit d’écrivains plus jeunes. Parallèlement, et quelques jours après la perte d’un autre aîné, Ponge redit sa reconnaissance à Ungaretti, capable de faire entendre la voix d’un « Adam ultra-simple bien qu’ultra-civilisé » (lettre du 10 août). Des convergences moins évidentes – qui ne sont pas sans intéresser Ponge – se font également jour dans les échanges avec le poète américain Cid Corman qui traduit Ponge, et dit, « dans son français qui est un peu la vache espagnole » sa proximité avec lui, « comme un homme qui veut faire relation résonner en toutes choses » (lettre du 6 juillet).
Au cœur de cet été où se côtoient naissance et mort, des prolongements multiples de l’œuvre se dessinent ainsi. Par exemple dans ces mots traduits par Cid Corman dans sa lettre du 20 août, où Zukofsky dit que, de tous les écrivains français, il

(se) sent plus proche de
Ponge – évidemment…

Benoît Auclerc

Mis en ligne le 9 juin 2017, par Benoit Auclerc