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Thèse

Ut Figura Poesis. La figuration comme connaissance dans les oeuvres d’André Breton et de Francis Ponge

Charles La Via

Thèse de doctorat en littérature française
École doctorale : University of California Santa Barbara, French and Italian Department
Sous la direction de Sydney Levy

Présentée et soutenue publiquement le 6 décembre 1995

Composition du jury :
Jack Murray, Professeur à l’Université de Californie Santa Barbara
Cynthia Brown, Professeure à l’Université de Californie Santa Barbara
Sydney Levy, Professeur à l’Université de Californie Santa Barbara
(Directeur de thèse)

Résumé :

La figuration poétique relève en général d’une approche stylistique ou rhétorique. Afin d’élargir et de compléter cette conception, ma thèse propose une définition épistémologique de la figuration poétique (la figurance), envisageant le processus poétique comme moyen de connaissance et de transmission.
Cette étude appelle au préalable une nécessaire contextualisation de la problématique de la figuration poétique dans la poésie française du dix-neuvième siècle. La crise de figuration, que l’on voit, par exemple, mise en scène dans Réponse à un acte d’accusation de Victor Hugo et dans Crise de vers de Stéphane Mallarmé, est étudiée dans le premier chapitre. Cela, afin d’analyser ensuite les tentatives de dépassement de cette crise, telles qu’elles sont entreprises par deux poètes majeurs du vingtième siècle, André Breton et Francis Ponge, par la création de nouveaux moyens poético-épistémologiques. Les rapports bio-historiques entre Breton and Ponge sont examinés dans le deuxième chapitre : Le Cycle des saisons est lu comme une critique allégorique des moyens épistémologiques de figuration poétique proposés par Breton. Ces deux premiers chapitres mettent en place le cadre historique nécessaire pour développer le troisième chapitre théorique « Figure, figuration, figurante », dans lequel sont élaborées les définitions théoriques de la figure et de la figuration poétique, afin d’aboutir à la notion de "figurance", en guise de réponse à la "différance [1]" de Derrida. L’entretien de Ponge et Breton de 1952 est examiné pour montrer comment leurs systèmes poétiques se différencient, en particulier en ce qui concerne l’analogie et la composition. Commencent alors l’examen et l’articulation des principaux concepts poétiques et épistémologiques élaborés par les deux poètes. Pour chaque concept-clé, il s’agit de faire une analyse approfondie de plusieurs textes pour illustrer la mise en texte dudit concept. Dans les quatrième et cinquième chapitres sont mis en lumière deux concepts-clés de l’épistémologie poétique de Breton : l’analogie et l’écriture automatique. Il s’agit plus particulièrement de l’alliance de l’analogie poétique et du raisonnement analogique (contre la logique) dans l’univers poétique de Breton, envisagée à travers ses poèmes À Monsieur V, Tournesol, Vigilance et L’Union libre ; tandis que l’écriture automatique se définit comme contrainte, comme on le voit à la lecture d’À Monsieur V, d’André Derain, de Rêve, de Tournesol et de L’Union libre. Une définition et une illustration de la conception métalogique de l’analogie poétique de Ponge constituent le sixième chapitre dans lequel je propose une interprétation de La Cigarette, L’Huître et Ode inachevée à la boue. La conception de l’œuvre comme inachèvement perpétuel proposée par le poète est traitée dans le chapitre 7, par l’examen notamment de La Crevette dans tous ses états et de Notes prises pour un oiseau. Les moyens ainsi déployés par Ponge pour proposer une certaine conception épistémo-esthétique de l’écriture poétique sont confrontés à la méthode automatique créée par Breton dans le but d’accéder à la connaissance et de créer une nouvelle esthétique.

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Résumé anglais (Abstract) :
(nous respectons ici les normes typographiques anglo-saxonnes de publication scientifique)

Poetic figuration has usually been defined using stylistic and rhetorical approaches. To extend and complement these traditional methods, my dissertation offers an epistemological definition of poetic figuration (figurance), which takes into account the poetic process of knowing the world and expressing that knowledge to others. Since the scope of my study is modern French poetry, I begin with a contextualization of the problematic of poetic figuration in nineteenth-century poetry. The crisis of figuration, enacted in works by Victor Hugo and Stéphane Mallarmé, is analyzed in Chapter 1 so as to set the stage for my subsequent analyses of the attempts to transcend that crisis made by two twentieth-century French poets, Andre Breton and Francis Ponge. The bio-historical relations between Breton and Ponge are the subject of Chapter 2, in which Ponge’s "Le Cycle des saisons" is interpreted as an allegorical critique of the epistemological means of poetic figuration proposed by Breton. The first two chapters establish the necessary historical background for Chapter 3, in which theoretical definitions of the poetic figure and figuration are offered. Breton and Ponge’s 1952 interview is analyzed in terms of analogy and composition as further evidence of their differing epistemological systems. Chapters 4 and 5 demonstrate two keys to Breton’s poetic epistemology : analogy and automatisms. The former concerns the conjointment of poetic analogy and analogical (in the sense of against logic) reasoning in Breton’s poetic universe, analyzed in "A Monsieur V," "Tournesol," "Vigilance," and "L’Union libre," while the second establishes a definition of automatism as a constraint through analyses of "A Monsieur V," "André Derain," "Rêve," "Tournesol," and "L’Union libre." Ponge’s metalogical conception of poetic analogy is defined and illustrated in Chapter 6 with analyses of texts such as "La Cigarette," "L’Huître," and "Ode inachevée à la boue." His aesthetics of perpetual imperfectibility is the subject of Chapter 7, in which texts such as "La Crevette dans tous ses états" and "Notes prises pour un oiseau" are analyzed. The poetic means he creates to enact his epistemological-aesthetic position are depicted in relation to Breton’s automatic method for acquiring knowledge and creating a new aesthetics.

Notes

[1Moins en tant que concept qu’en tant que possibilité même d’un concept. Pour mémoire, le terme de différance a été utilisé dès 1964 par le philosophe, mais longuement explicité en 1968 dans une conférence à la Société française de philosophie. On considère généralement ce concept comme représentatif de la pensée sémiotique et philosophique de Derrida. MF.

Mis en ligne le 24 décembre 2018, par Robin Schönfeld